Qu’est-ce que la “conscience” pour U.G. ?

La conscience est un piège du penser humain !

(Une perspective radicale inspirée d’U.G. Krishnamurti)

Il existe une immense confusion autour du mot conscience.
L’humanité en a fait un sanctuaire : le dernier refuge de l’ego, le dernier bastion pour préserver l’idée qu’il existe quelque chose de noble, de permanent, de spirituel en elle.
La conscience a été transformée en un objet sacré : âme, témoin, pure présence, essence éternelle, champ universel, point lumineux d’éveil…
Peu importe le nom, l’intention reste la même : Sauver l’idée d’un “moi” qui continuerait au-delà de la disparition du corps.

Mais cette tentative — disait U.G. — n’est qu’une ruse de la peur, un mensonge biologique habillé de spiritualité.


Ce qu’on appelle “conscience” n’est pas un état pur : c’est un entrepôt.

Pour U.G., la conscience n’est pas un substrat immatériel, ni une réalité indépendante, ni un “champ neutre” qui observerait la vie.
Elle n’est pas antérieure à l’expérience.
Elle n’est pas témoin.
Elle n’est pas transcendante.

La conscience est simplement le contenu de la mémoire en mouvement.

  • Images du passé
  • Mots appris
  • Peurs héritées
  • Comparaisons
  • Espoirs
  • Conditionnements culturels
  • Échos de l’histoire personnelle

La conscience est ce que la culture y a déposé.

Il n’y a pas une conscience pure d’un côté et un contenu impure de l’autre.
La conscience est le contenu, et le contenu est la conscience.

Sans mémoire, pas de conscience.
Sans langage, pas de conscience.
Sans conditionnement, pas d’identité.

Ce que l’on appelle “prendre conscience”, “être conscient”, “observer ses pensées”, n’est rien d’autre qu’un mouvement supplémentaire du conditionnement cherchant à se perpétuer.


La conscience est une réaction, pas une présence.

Le cerveau réagit.
Il catégorise ce qui lui arrive.
Il compare ce qui est perçu avec ce qu’il connaît déjà.

Ce mouvement automatique produit ce que nous appelons “expérience consciente”.

Ce n’est jamais neuf.
Toujours une répétition, toujours un retour du passé.
Aucun moment n’est “vécu directement” ; tout est filtré, nommé, interprété.

L’être humain ne vit jamais le réel.
Il ne rencontre jamais la vie.
Il ne rencontre que l’idée qu’il se fait de ce qui arrive.

Voilà tout ce qu’est la conscience.


LA QUESTION DE LA SURVIE : UNE INVENTION DE LA PEUR

Lorsque cette compréhension s’installe, la question suivante fait surface :

La conscience survit-elle après la mort ?

Pour U.G., la réponse est immédiate, brutale, sans nuance :

Non. Rien ne survit. Il n’y a aucun “vous” à poursuivre quoi que ce soit.

La conscience dépend du fonctionnement biologique.
Elle dépend d’un cerveau actif, d’un système nerveux intact, d’une mémoire électrochimique disponible.

Quand le corps cesse de fonctionner :

  • les circuits s’interrompent,
  • la mémoire s’éteint,
  • le courant qui animait la machine organique disparaît.

Il ne reste rien qui puisse se dire “je suis”.

Aucune entité subtile ne quitte le corps.
Aucune continuité ne persiste.
Aucune âme ne migre.
Aucune “vibration spirituelle” ne demeure.

Toutes ces idées ont la même racine : la peur animale de disparaître.


La spiritualité n’est qu’une prolongation sophistiquée de l’instinct de survie.

L’homme sait qu’il va mourir.
Cette connaissance est insupportable pour l’appareil psychologique.
Alors il invente des continuités :

  • ciel, enfer, paradis
  • karma, réincarnation
  • dimensions astrales
  • conscience universelle
  • âme immortelle
  • source, atman, brahman, “retour à l’absolu”

Ces récits, disait U.G., ne sont rien d’autre que des garanties imaginaires pour repousser la vérité brute :

La mort est totale.
Elle ne laisse aucune trace psychologique derrière elle.


LA GRANDE FISSURE : IL N’Y A PERSONNE LÀ-DEDANS

Ce qu’on appelle “moi” n’est qu’un assemblage de souvenirs.
Une fiction socialement entretenue.
Une narration intérieure qui prend l’habitude de se croire réelle.

Mais cette construction n’a aucune existence autonome.
Elle n’a pas de centre.
Elle n’a pas de fondement.
Elle ne possède aucune réalité indépendante du langage et de la mémoire.

Et c’est là le point le plus dérangeant :

Il n’y a jamais eu quelqu’un pour vivre la vie.
Il n’y aura personne pour mourir.

Ce qui se termine avec la mort, ce n’est pas une entité — c’est l’illusion d’une entité.

Rien ne retourne nulle part.
Rien ne transmigre.
Rien ne continue sous une autre forme.

La vie continue — mais pas ma vie.


CONCLUSION : LA CHUTE DE LA FICTION

La conscience n’est pas un témoin éternel.
Elle n’est pas une essence immuable.
Elle n’est qu’un accident biologique temporaire, une interface construite par le langage, la culture, et la mémoire.

Elle apparaît.
Elle fonctionne.
Elle se dissout.

La fin du corps est la fin de la conscience — et donc la fin de l’illusion du “je”.

Le reste — tout le reste — n’est que tentative désespérée d’éviter cette évidence.

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