Qanon et ses gourous

Qanon : la croyance moderne pour une humanité terrorisée

Le mouvement Qanon n’est pas un phénomène politique.
Ce n’est pas non plus une « résistance » ou un éveil à une vérité cachée.
C’est une version contemporaine du vieux besoin humain de croire à quelque chose, n’importe quoi, tant que cela donne l’impression que le chaos a un sens.

L’être humain ne supporte pas l’inconnu.
Il ne supporte pas le fait que personne ne contrôle rien — ni la société, ni l’avenir, ni même son propre corps.
Alors il fabrique des récits.

Hier, c’était Dieu, Satan, les anges, les prophètes.
Aujourd’hui, ce sont les élites, les reptiliens, les réseaux secrets, les codes numériques, les « messages cachés » et les révélations qui arrivent « bientôt ».
Ce mot — bientôt — est le cœur de la farce.
Il maintient la dopamine en circulation.
Il garde les disciples accrochés.

Ce n’est pas nouveau.
Chaque religion, chaque secte, chaque idéologie a survécu grâce à la promesse.
Toujours demain.
Jamais maintenant.


Les gourous : les marchands d’incertitude recyclée

Les figures de Qanon ne sont pas différentes des prêtres, des chamanes, des maîtres spirituels ou des charlatans thérapeutiques.
Ils jouent exactement la même partition :
la peur, le mystère, la maîtrise du langage vague, et surtout l’autorité invisible — celle que personne ne peut vérifier.

Ils prétendent avoir accès à quelque chose que les autres ignorent.
Voilà le cœur de tout pouvoir psychologique :
l’exclusivité.

Ils ne prouvent jamais rien.
Ils annoncent.

Ils ne démontrent rien.
Ils interprètent.

Ils ne savent rien.
Ils croient — et exigent que les autres croient avec eux.

Et comme tout gourou depuis la nuit des temps, plus ils se trompent, plus leurs disciples deviennent fanatiques.
Parce qu’admettre qu’ils ont été dupés est insoutenable.

Il vaut mieux défendre un mensonge que faire face à la nudité d’un monde sans direction.


Le mécanisme : la peur du vide déguisée en rébellion

Qanon attire les mêmes profils que toutes les religions :
ceux qui souffrent de l’incertitude, ceux qui se sentent insignifiants, ceux qui ont besoin d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux.
Ceux qui ne peuvent pas supporter l’idée que personne ne sait et personne ne dirige.

Dans leur bouche, l’expression « Nous ne sommes pas des moutons » n’est qu’une autre illusion.
Ils veulent croire qu’ils sont libres parce qu’ils ont changé de cage.

Mais peu importe la cage — politique, spirituelle ou ésotérique — une cage reste une cage.

L’esprit humain préfère être enfermé avec certitude plutôt que libre dans le chaos.


La structure psychologique : rien de neuf

Le mouvement suit exactement la logique de toutes les croyances :

  1. Un ennemi clairement défini
    Il faut un démon, sinon la lutte perd son sens.
  2. Une élite omnipotente
    Plus elle est invisible, plus elle semble réelle.
  3. Une révélation à venir
    Sans attente, pas d’addiction.
  4. Une identité de groupe
    Le sentiment d’être spécial, élu.
  5. Une impossibilité absolue de remise en question
    Toute critique devient la preuve que la croyance a raison.

C’est une boucle fermée.
Autoalimentée.
Autojustifiée.
Inattaquable — non parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle répond à un besoin viscéral : l’évitement du réel.


La vérité nue — celle qu’aucun mouvement ne supporte

Ceux qui suivent Qanon ne veulent pas la vérité.
Ils veulent une histoire qui les protège du choc fondamental :
il n’y a pas de sens, pas de structure cachée, pas de plan cosmique.

Aucune force supérieure ne guide quoi que ce soit.

La vie n’a pas besoin de justification.
Elle ne demande pas qu’on la décodifie ou qu’on la comprenne.

Le monde n’est pas gouverné.
Il se déroule.

Mais l’être humain ne supporte pas cela.
Alors il invente.

Il fabrique des maîtres, des maîtres cachés, des réseaux, des sauveurs, des ennemis, des prophéties.

Parce que le vide intérieur est intolérable tant que le « moi » réclame sécurité, sens, continuité.


Ce que UG dirait — sans tourner autour du pot :

« Vous ne poursuivez pas la vérité.
Vous poursuivez un anesthésiant.
Tant que vous cherchez une explication, vous restez prisonnier du besoin.
La croyance — qu’elle soit religieuse, spirituelle ou complotiste — est la dernière défense de la peur.
Quand il n’y a plus rien à croire, il n’y a plus personne pour être terrorisé. »

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