
La société moderne se raconte qu’elle protège la vie alors qu’elle ne fait que retarder la mort à coups de machines, de protocoles et de mots rassurants.
Elle parle de progrès, de compassion, d’humanité, mais tout cela n’est que peur déguisée. L’acharnement thérapeutique n’est pas une victoire sur la fin, ce n’est pas un acte d’amour ou de bonté, c’est une panique collective, une incapacité à regarder ce qui se termine sans intervenir.
Le corps qui faiblit, qui s’éteint, devient alors un objet de peur et de culpabilité, un miroir pour ceux qui restent et qui n’acceptent pas l’évidence de l’arrêt.
Les protocoles, les traitements, les machines ne servent pas la vie, ils servent l’illusion que la continuité est possible, qu’il existe encore un contrôle, qu’il existe encore un pouvoir sur ce qui cesse naturellement.
La médecine n’est ni coupable ni héroïque.
Elle est un outil, un ensemble de gestes, de techniques, de réparations possibles sur un mécanisme biologique.
Rien de plus. Rien de moins. Lui prêter une mission morale ou existentielle relève de l’illusion, de la superstition moderne.
On répare quand il est possible de réparer. On maintient quand il ne reste plus que la peur à satisfaire.
On échoue quand le mécanisme ne répond plus et c’est ainsi que cela doit être accepté. La vie elle-même n’est pas sacrée, malgré tous les discours humanistes, religieux ou pseudo-scientifiques.
Elle n’a ni prix, ni mission, ni sens.
Elle est un processus biologique soumis à l’usure, à la dégradation et à l’arrêt. La mort n’est pas un accident, un scandale ou un échec.
La mort est le fonctionnement parfait de ce qui est. Tout le reste n’est que narration, justification, illusion.
Dignité, valeur, humanité, devoir, compassion, amour : ce ne sont que des mots inventés pour masquer la peur nue, la peur de la fin, la peur de soi.
Maintenir un corps à bout de souffle n’est pas un acte de grandeur, c’est un geste pour ceux qui restent, pour calmer leur angoisse, pour ne pas voir ce qui est.
La nature ne moralise pas, elle ajuste ou elle met fin.
Il n’y a pas de « doit » dans ce monde, il n’y a que ce qui fonctionne et ce qui cesse de fonctionner.
Tout ce qui se débat pour prolonger la vie, tout ce qui s’acharne, tout ce qui s’invente comme règle morale ou mission sacrée, n’est que reflet de l’incapacité humaine à accepter la fin.
La mort ne se trompe jamais, elle n’a besoin d’aucun rituel, d’aucun discours, d’aucune justification.
Elle arrive, elle accomplit son travail, elle ferme le mécanisme et tout est terminé.
Tout ce que l’on croyait contrôler, tout ce que l’on croyait sauver, tout ce que l’on croyait préserver n’était qu’illusion.
Les cris, les mots, les rituels, les traitements, les machines, les médecins, les protocoles, les sermons sur la vie et l’amour ne changent rien.
Tout finit. Tout cesse. Tout ce que l’on fait pour embellir ou retarder cela ne sert qu’à apaiser notre peur.
Ce manifeste refuse ces illusions, refuse de sacraliser la vie, refuse de moraliser la médecine, refuse les discours qui confondent survie artificielle et continuité réelle.
Il refuse le mensonge qui consiste à croire que prolonger ou maintenir est une victoire. Il refuse les consolations, les idéologies et les belles paroles qui font de la peur une mission. La seule vérité est nue : le corps s’use, le mécanisme s’arrête, la mort arrive.
Tout ce qui survit est temporaire. Tout ce qui s’acharne est une histoire inventée.
Regarder ce qui est demande courage. Il n’y a ni recette, ni mantra, ni méthode.
Il n’y a que la clarté nue. Tout ce qui cherche à embellir, prolonger, nier ou justifier cela n’est qu’un reflet de notre incapacité à faire face à la fin.
Ce site ne propose ni solution, ni consolation, ni morale. Il ne demande rien. Il ne conseille rien. Il se contente de regarder ce qui est.
Quand le corps en a fini, il en a fini.
Quand le mécanisme s’arrête, il s’arrête.
Tout le reste n’est qu’illusion.
La seule action qui reste est de cesser de projeter sur la vie ce que l’on ne peut accepter en soi.
La seule vérité est dans le silence de ce qui cesse, dans l’évidence implacable, dans le vide que rien ne comble, dans la fin que rien ne retarde.
Tout le reste est mensonge.

