EMI : Le mirage de la survie

On parle d’« expériences de mort imminente », comme si elles révélaient quelque chose que la vie ne peut offrir.

On parle de lumière, de tunnel, de sentiment d’unité, de paix absolue, de contacts avec des morts ou des divinités.

On transforme ce qui est un événement biologique extrême en une révélation mystique. Et chacun y va de sa petite interprétation, de son témoignage.

Mais derrière le vernis spirituel, derrière les mots qui sentent la consolation et la morale, que se passe-t-il vraiment ?

Quand le corps est confronté à l’arrêt imminent — quand le cœur s’arrête, que le cerveau est privé d’oxygène, que l’organisme tremble à la frontière de l’extinction — le soi se débat. Il ne connaît rien d’autre que lui-même. Il ne peut faire face qu’à sa propre disparition. Et c’est là que le cerveau intervient : il fabrique. Il fabrique des images, des visions, un tunnel, une lumière. Tout cela n’est pas la mort. Tout cela n’est pas un signe de quelque réalité spirituelle. C’est un mécanisme de survie, un bricolage biologique pour protéger l’illusion du « moi » jusqu’au dernier souffle.

Vous voulez croire que la lumière est la vérité. Vous voulez croire que la sensation de flotter hors du corps est un aperçu de l’éternité. Vous voulez croire que cette expérience est unique, qu’elle change quelque chose dans votre vie. Mais ce que vous appelez expérience de mort n’est qu’un spectacle créé par un cerveau qui ne sait rien d’autre que la peur de disparaître.

Le soi que vous pensez expérimenter pendant ces quelques secondes de fragilité n’existe que dans la mémoire et dans le temps. Où il n’y a plus de temps, il n’y a plus de « vous ». La mort n’a ni voix, ni message, ni vision. Ce que vous interprétez comme une révélation n’est qu’une tentative désespérée de maintenir la continuité d’un moi qui n’a jamais été réel.

Chaque culture a ses histoires. Un chrétien voit Jésus, un hindou voit Krishna, un bouddhiste voit un Bouddha ou une lumière. L’expérience elle-même ne contient aucune universalité, aucune vérité transcendante. Les visions sont des reflets du conditionnement culturel et de la mémoire. Le tunnel, la lumière, la sensation de flottement — tout cela est un récit inventé par le cerveau pour protéger la fiction du soi.

Et pourtant, après l’expérience, les gens en parlent comme d’une initiation, d’un message, d’un signe que la vie continue au-delà de la mort. Mais ce ne sont que des mots, des tentatives de donner un sens à ce qui est complètement dépourvu de sens. Ce n’est pas la mort qui parle. Ce n’est pas l’univers qui s’exprime. C’est toujours vous. Votre peur, votre besoin de sécurité, votre incapacité à affronter l’extinction totale.

On veut que la mort devienne poétique, spirituelle, consolante. On veut que la disparition soit une expérience esthétique. On veut que l’angoisse absolue se transforme en révélation. Et c’est exactement cela que dénonce cette illusion : vous êtes encore là, même au bord de la mort, essayant de survivre à vous-même.

La vérité ? La mort ne peut être vécue. Elle ne peut être expérimentée. Elle ne peut être comprise. Elle ne parle pas. Elle n’a ni lumière, ni tunnel, ni message. Ceux qui croient la voir ou l’entendre ne font que projeter leur besoin de sécurité sur le vide. Ce vide que vous tentez désespérément de remplir avec des images, des mots, des mythes.

Les EMI ne sont ni spirituelles, ni révélatrices. Elles sont biologiques, psychologiques, culturelles. Elles révèlent non pas la mort, mais l’obsession du vivant pour sa propre continuité. Le soi se débat, le cerveau raconte une histoire, et l’esprit humain applaudit à sa propre survie. Tout le reste est superstition, illusion, mensonge déguisé en expérience ultime.

Alors arrêtez de chercher dans ces visions un sens, une consolation, un message. Regardez-les pour ce qu’elles sont : la dernière tentative du conditionné pour se maintenir, le dernier acte de la peur. Et souvenez-vous : là où il n’y a plus de temps, là où il n’y a plus de mémoire, il n’y a plus de soi. La mort ne vous attend pas. Elle ne parle pas. Elle ne connaît ni lumière, ni tunnel, ni Dieu. Elle ne connaît que le silence absolu — et vous, à ce moment-là, n’existez plus pour le percevoir.

« Ce n’est pas la mort qui parle.
La mort ne parle jamais.
C’est vous, encore, essayant de survivre — même à la mort. »

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