
La question elle-même est révélatrice : « Je suis odieux, dois-je me changer ? »
Elle part d’une prémisse implicite, que UG aurait immédiatement déconstruite : le soi, le jugement, le besoin de se corriger.
Dès qu’un mot comme « odieux » apparaît, il y a déjà conflit, un conflit inventé par le mental, par le regard des autres, par la norme sociale ou morale qui dicte ce qu’il faudrait être.
UG aurait dit que vouloir se changer est un mouvement de pensée, un projet intérieur qui repose sur la comparaison. Comparer ce que vous êtes à ce que vous devriez être. Comparer votre comportement à un idéal. Comparer votre valeur à celle des autres. Et là, la souffrance commence. Ce projet de soi, cette volonté de correction, est entièrement fabriqué par le mental conditionné. Il n’y a rien de réel dans le besoin de « devenir quelqu’un de bien ». C’est une idée. Une fiction. Une tentative de mettre de l’ordre dans le chaos de la vie.
Se voir comme « odieux » implique qu’il y a un « moi » qui est séparé de ce jugement. UG montrerait que ce moi n’existe pas. Il n’y a ni odieux, ni bon, ni quelqu’un qui devrait changer. Il y a seulement ce qui est — vos paroles, vos gestes, vos réactions — et la pensée qui les étiquette. La pensée qui juge. La pensée qui dit « je devrais être différent ». Tout le reste est un théâtre.
Vouloir se changer, c’est vouloir contrôler l’incontrôlable : la vie, vos réactions, votre corps, votre pensée. Mais rien de cela n’est sous votre contrôle, et c’est exactement là que réside la liberté. Quand vous lâchez l’idée de vous améliorer, quand vous cessez de juger ce que vous êtes, le besoin de changer tombe. Il n’y a plus de conflit entre ce que vous êtes et ce que vous « devriez » être. Il n’y a plus de culpabilité, ni de honte, ni de morale. Il reste seulement ce qui est, brut, vivant, et en mouvement.
UG ne dirait pas « continuez à être odieux », ni « devenez quelqu’un de bien ». Il dirait : voyez la vanité de vouloir vous changer. Regardez-la, observez-la, et voyez qu’elle disparaît d’elle-même lorsqu’on cesse de la nourrir. La transformation que le mental espère n’arrive jamais. Mais le voir tel qu’il est — le voir sans filtre, sans projet, sans attente — c’est déjà une sorte de libération radicale. Le soi qui se croit odieux s’évanouit au moment même où il est compris : il n’existe que dans l’illusion de vouloir être autre chose.
Ce qui reste alors, c’est simple, brutal et vivant. Aucun plan, aucune amélioration, aucun jugement. Juste le fait d’être. Et dans cet état, le mot « odieux » devient aussi absurde que le mot « moi ».
L’essentiel n’est pas de se changer, mais de voir la folie du besoin de se changer.

