
C’est une idée inventée par l’homme, comme toutes les autres. Il n’y a rien de sacré dans la vie. Rien de précieux, rien de supérieur, rien de protégé par une quelconque intelligence cosmique. La vie n’a pas besoin de sens, elle n’a pas besoin d’être honorée ou sanctifiée. Elle ne demande rien. Elle arrive, elle se déroule, et elle disparaît. C’est tout.
Ce mot — sacré — est né de la peur. Peur de mourir, peur d’être insignifiant, peur d’être seulement un accident biologique sans destination ni justification. Alors vous inventez l’idée que la vie a une valeur spéciale, un statut divin, quelque chose qui doit être respecté, protégé, interprété.
Mais la vie n’a pas d’intention. Elle ne cherche rien. Elle ne se soucie pas de ce que vous en pensez. Elle n’a pas de projet spirituel pour vous.
La vie pousse même là où vous dites qu’elle ne devrait pas : entre deux pavés, sur un cadavre, dans la maladie, dans le chaos. Si elle était sacrée, elle serait ordonnée, propre, lumineuse, belle et cohérente.
Mais elle ne l’est pas.
La sacralité n’est qu’un concept, une décoration mentale pour ce qui vous échappe. Le mental ne supporte pas le fait brut : les choses naissent, vivent, se dégradent et meurent sans raison. Alors il invente une histoire pour supporter l’insupportable.
La vie que vous appelez sacrée n’est rien d’autre qu’un phénomène physiologique. Respiration, impulsions électriques, réactions chimiques, pulsations, digestion, reproduction, dégradation. Vous pouvez mettre des mots nobles sur cela, mais cela ne le transforme pas.
Le mental crée la sacralité parce qu’il veut se voir comme autre chose qu’un organisme conditionné. Il veut se croire au centre d’un récit plus vaste, appartenant à quelque chose d’immense, d’éternel, d’intelligent. Il veut être protégé de sa propre fin.
Mais l’univers n’a aucune idée que vous existez.
Vous pouvez méditer, prier, chanter, réciter des textes sacrés, défendre l’idée d’une âme éternelle — tout cela ne change rien. La vie ne devient pas sacrée parce que vous la nommez ainsi, pas plus qu’un rocher ne devient précieux parce que vous l’appelez diamant.
Il n’y a personne dans ce corps qui fait l’expérience de la vie. Il n’y a qu’un fonctionnement. L’idée d’un « moi » qui vit et qui contemple la sacralité est déjà une fiction.
Regardez un instant ce qui se passe réellement : respiration, pulsation, perception. Aucun commentaire est nécessaire. Ce sont vos pensées qui fabriquent l’idée d’une expérience sacrée. Sans pensée, il n’y a que perception brute, sans propriétaire, sans narrateur, sans sens.
Vous n’avez pas à comprendre cela. Et vous ne pouvez pas l’accepter sans violenter votre mental. Le mental est construit pour défendre la fiction du sens.
Mais si, un jour — non pas par effort mais par effondrement — cette construction mentale tombe, alors il ne reste rien à protéger, rien à améliorer, rien à sacraliser.
Seulement un organisme vivant, fonctionnant comme tous les autres organismes : un arbre, un chat, une bactérie.
Alors la question de la sacralité disparaît.
Et ce qui reste n’est pas « profane ». Ce n’est pas le contraire du sacré.
C’est simplement ce qui est.
Sans hiérarchie.
Sans commentaire.
Sans signification.
Sans besoin d’être vénéré.

