« L’Amour pur que nous serions » — Démolition

Vous aimez entendre cette phrase : « Nous sommes amour pur. »
C’est rassurant, c’est doux, ça flatte votre espoir d’être quelque chose de spécial.
Vous ne tolérez pas ce que vous êtes réellement — un organisme vivant, avec ses pulsions, ses contradictions, ses conditionnements biologiques — alors vous inventez une version parfumée de vous-même. Une version cosmétique. Une version vendable.

Vous ne dites pas : « Je suis peur, agressivité, envie, désir et besoin de reconnaissance. »
Non. Vous préférez dire : « Je suis amour pur. »
Parce que ça sonne mieux. Parce que ça donne l’impression d’avoir franchi un seuil. Parce que ça vous aide à fuir ce que vous ne voulez pas regarder.

C’est le même mécanisme religieux depuis des millénaires :
l’humain refuse ce qu’il est et invente une fiction plus acceptable.

Appelez-la « Dieu », « illumination », « énergie », « amour pur » — c’est la même fuite.
Un emballage différent pour exactement le même refus.


Ce que vous appelez “amour” est de l’échange, du besoin, de la possession

Regardez votre vie, pas vos concepts.

Votre “amour” dépend toujours de quelque chose :
d’une réponse, d’une validation, d’une mémoire, d’un intérêt, d’une peur de la solitude, d’un confort émotionnel ou physique. Il est toujours conditionné. Toujours transactionnel. Toujours fragile.

Personne n’aime sans raison.
Personne.

Vous dites : « J’aime sans condition. »
C’est faux.
Le jour où l’autre cesse de répondre à vos attentes, vous ne l’appelez plus amour, vous appelez ça trahison, injustice, abus, manque.

L’illusion n’est pas dans le monde.
Elle est dans votre langage.


L’idée d’un amour pur implique un centre qui aime

Mais ce centre, ce “moi”, cette entité permanente et spirituelle capable d’aimer d’une façon transcendantale — où est-elle ? Montrez-la. Sans mots. Sans théorie. Sans croyance.

Tout ce que vous pouvez montrer, c’est un corps, un mouvement chimique dans le cerveau, un ensemble de réactions neuronales façonnées par la culture, l’histoire, le conditionnement et la survie.

Vous ne pouvez pas montrer un « amour pur ».
Vous ne pouvez que répéter ce que vous avez entendu — comme un perroquet décoratif.


Si l’amour pur existait réellement, vous n’auriez pas besoin de le dire

On ne nomme que ce qui manque.

Un être réellement vivant, réellement présent, ne prononce pas ces choses.
Il n’essaie pas d’être amour, lumière ou pureté.
Il n’essaie même pas d’être “bon”.

Parce qu’il n’y a personne là pour se conceptualiser.

L’idée d’être amour pur n’émerge que dans un esprit qui ne supporte pas le chaos, l’imprévisibilité, la mécanique du vivant.

Vous ne cherchez pas la vérité.
Vous cherchez un anesthésiant.


Ce n’est pas l’amour que vous voulez — c’est une identité supérieure

Vous voulez dire :
« Je ne suis pas ordinaire.
Je ne suis pas juste un organisme.
Je suis divin, spécial, différent. »

Voilà la racine du mensonge.

L’Amour pur est juste une autre version du costume spirituel
que vous enfilez pour masquer l’insécurité fondamentale qui vous habite.


Le réel est brutalement simple

Il n’y a rien à devenir.
Il n’y a pas d’essence intérieure à purifier.
Il n’y a pas un soi supérieur caché derrière le chaos psychologique.

Il y a ce corps — qui sent, qui respire, qui réagit.
Il y a ce monde — brut, indifférent, vivant.
Et il n’y a aucune séparation.

L’amour — s’il existe — n’est pas un concept,
pas une identité, pas une réalisation.

C’est peut-être une réponse chimique,
peut-être un état naturel quand l’esprit cesse de fabriquer des images.

Mais le moment où vous dites : « Je suis amour pur »,
c’est fini.

Ce n’est plus du vivant.
C’est du marketing spirituel.


Conclusion

Vous ne voulez pas voir ce que vous êtes : conditionné, vulnerable, animal, impermanent.
Alors vous vous inventez un refuge verbal — une illusion consolatrice :
« Je suis amour pur. »

Mais le vivant n’a pas besoin de justification.

Quand toutes les phrases s’effondrent, quand l’idée d’être quelque chose disparaît,
il ne reste rien de pur — rien de noble — rien de spirituel.

Il reste seulement la vie.
Sans propriétaire, sans direction, sans définition.

Et c’est cela que vous passez votre existence à fuir.

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