
Le courage est une invention humaine.
Une décoration mentale.
Une médaille que l’on se donne à soi-même pour supporter l’idée que l’on subit sa vie.
Tu appelles « courage » ce moment où tu continues malgré la douleur, où tu fais face, où tu endures. Mais qu’est-ce qui endure ? Qu’est-ce qui souffre ? Qu’est-ce qui continue ? Le corps n’a aucune notion de courage. Il fait ce qu’il fait : respirer, circuler, maintenir l’équilibre biochimique. Le corps ne se bat pas. Il fonctionne.
Le mot « courage » n’a de sens que dans une société qui glorifie l’effort, la souffrance, la bataille interne. La culture a transformé l’existence — quelque chose de totalement naturel — en un champ de bataille moral. Et sur ce champ de bataille, elle a créé des opposés : courage et lâcheté, force et faiblesse, victoire et échec.
Et toi, tu t’imagines au milieu de cela, héros tragique mythifié, essayant d’être à la hauteur d’un idéal fabriqué.
Tu veux que la vie te remercie d’avoir tenu bon.
Tu veux que la douleur soit justifiée.
Tu veux croire que ton endurance signifie quelque chose.
Mais rien de tout cela n’existe en dehors de la pensée.
Le courage est une histoire.
Une construction.
Si tu te brûles, tu retires ta main.
Ce n’est ni courageux, ni lâche — c’est réflexe.
Si tu respires, ce n’est pas une victoire sur la mort — c’est le corps qui refuse la mort tant qu’il peut.
La vie n’a pas besoin de ta permission.
Elle n’a pas besoin de ton héroïsme.
Ce que tu appelles « courage » n’est que la résistance à ce qui est.
Une tension, une lutte intérieure pour correspondre à une image.
L’image du « moi » fort, du « moi » digne, du « moi » qui tient.
Cette lutte intérieure te donne une illusion de contrôle, comme si tu dirigeais quelque chose.
Tu ne diriges rien.
Tu ne choisis même pas ta prochaine pensée.
Elle apparaît et tu t’y accroches comme si elle t’appartenait.
La société vénère le courage parce qu’elle a besoin de maintenir le rêve de l’individu héroïque, celui qui décide, qui lutte, qui gagne. Sans cette histoire, toute la structure psychologique, religieuse, spirituelle et politique s’effondrerait.
Sans cette notion, il ne reste que ce qui se passe — sans interprétation.
La douleur est là ou elle ne l’est pas.
L’action se produit ou elle ne se produit pas.
La vie continue ou elle cesse.
Tu veux une définition brutale ?
La voilà :
Le courage n’existe que pour ceux qui ne peuvent pas accepter que la vie se vit toute seule.
L’homme vraiment libre ne parle pas de courage. Il ne parle pas de force. Il ne parle pas de persévérance. Ces mots n’ont aucune réalité dans son expérience. Ils appartiennent au monde des comparaisons, au monde de la pensée, au monde du « devenir ».
Là où il n’y a personne pour se prendre pour un héros ou une victime, il n’y a pas de courage.
Il n’y a que la vie qui marche, sans témoin, sans juge, sans sens.
La seule vraie liberté est l’absence totale du besoin d’être courageux.
Le reste n’est que théâtre psychologique.
Et toi, tu t’y crois encore au premier rôle.

