
« Je n’étais pas conscient que la conscience était tout le temps là, et soudain je pris conscience que je suis ça.
Où et comment est-ce que cette conscience s’est levée en moi ?
C’est ce que j’ai cherché à comprendre, en retournant à cet état où il n’y a pas de manifestation des phénomènes.
C’est-à-dire à la connaissance originale du Soi original. Alors, je suis retourné jusqu’au Soi original ; et je suis arrivé au point où je voulais savoir ce qu’était ma condition, avant que cette conscience ne se manifeste.
Voilà où j’en suis arrivé : Brahman (le Dieu créateur), Isvara, Dieu ne sont que des noms de la conscience qui est consciente d’elle-même.
Si tout ça est clair pour vous, comment allez-vous réagir, au moment de ce qu’on appelle la mort ? La conscience simplement va observer ce qui se passe.
Elle se détache progressivement de tout ; et à la fin, elle n’est plus consciente d’elle-même. Cette réalité est au-delà des mots.
C’est Parabrahman, l’Absolu suprême ; mais c’est seulement un mot _ il faut bien utiliser un mot pour pouvoir communiquer.
J’ai donc commencé à chercher.
Je remarquai que du matin au soir, du lever au coucher, on est toujours en train de faire quelque chose.
Qu’est-ce qui nous pousse à faire tout ça ?
Pourquoi est-ce que ça se passe comme ça ?
J’en arrivai à la conclusion que c’est mon étant [mon être-moi, beingness], le fait que je suis conscient de ma propre existence [en tant qu’individu] qui est à l’œuvre tout au long de la journée.
Cette constatation a été le point de départ de ma recherche.
La conscience est au centre de l’entité corps-esprit.
C’est elle qui est à l’origine de toute la détermination [la manifestation de l’Absolu au niveau du fini et du déterminé].
Et maintenant, pour moi, la conscience a été dépassée.
À l’apparition de la conscience, l’Absolu sait qu’il est, il devient conscient de lui-même, c’est le « je suis ».
Il fait l’expérience de lui-même.
C’est l’expérience primordiale, originale, qui sous-tend toutes les autres.
Il y a aussi d’autres expériences ici [chez Maharaj], dues au fait que j’existe dans le temps, mais elles s’estompent progressivement, jusque et y compris cette expérience primordiale du « je suis ».
C’est seulement la conscience qui s’affaiblit et disparaît ; l’Absolu demeure, éternellement. Quelle aventure, et quelle déchéance !
L’état de perfection qui s’embrouille dans ces expériences ; et qui essaie d’en tirer des avantages illusoires. »
Extrait de « Conscience et absolu » 18 décembre 1980
Voici ce qu’U.G. aurait probablement dit ou laissé entendre face à un texte comme celui-ci :
U.G. :
« Tout ça, c’est encore de la pensée qui tourne en rond autour d’un mot : conscience. Vous imaginez qu’il y a quelque chose là — un fond, une source, un absolu — simplement parce que vous pouvez en parler. Mais ce ne sont que des mots, rien d’autre.
Il n’y a pas de “Soi original”, pas de “Parabrahman”, pas même de “je suis”. Vous fabriquez ces choses parce que le mental ne supporte pas de ne rien saisir. Ce besoin de comprendre “ce qui était avant la conscience” est encore une ruse du même instrument — la conscience cherchant à se perpétuer sous une forme plus subtile.
Quand Nisargadatta dit : “La conscience s’affaiblit et disparaît, et l’Absolu demeure”, il reste encore prisonnier d’une distinction. Qui le sait, que “l’Absolu demeure” ? C’est encore une projection du mental. Vous ne pouvez pas sortir du connu par la pensée, ni vous retourner vers ce qui précède la conscience — car cette recherche elle-même est conscience.
La conscience ne peut pas se connaître elle-même. C’est comme une flamme qui essaierait de s’éclairer elle-même. Vous pouvez tourner ça dans tous les sens, écrire des volumes entiers, cela ne changera rien au fait que ce dont vous parlez n’existe que parce que vous y pensez.
La vérité, s’il faut employer ce mot, n’a rien à voir avec ces concepts. Elle n’a pas de contenu, pas d’état, pas d’expérience. Quand le besoin de savoir meurt, tout ça — Brahman, Parabrahman, “je suis” — disparaît comme des nuages. Il ne reste rien. Pas même un témoin. Et c’est cela la fin de la recherche. »
En résumé, U.G. aurait déconstruit le discours de Nisargadatta comme une construction mentale raffinée, encore dépendante de la pensée spirituelle indienne — un système qui, selon lui, entretient la quête au lieu de la dissoudre.
Pour U.G., toute formulation du “Soi”, de la “conscience” ou de “l’Absolu” n’est qu’un jeu de mots, un piège de l’esprit voulant se perpétuer sous des formes plus nobles.

