Qui suis-je ?

Je ne ressens ni l’envie, ni le besoin de me présenter. Dans un monde où tout doit toujours être expliqué, justifié, étiqueté, où chaque geste, chaque mot, chaque pensée semble réclamer une traduction acceptable pour les autres, j’ai choisi de ne pas entrer dans ce jeu. Je pourrais dire qui je suis, où j’ai étudié, ce que je fais, quelles lectures m’inspirent, tracer un parcours clair et rassurant, énumérer des références, des diplômes, des expériences, comme si tout cela pouvait résumer ce que je suis, comme si tout cela pouvait me contenir, me définir, me rendre compréhensible. Je pourrais parler d’Albert Camus, d’Arthur Schopenhauer, d’Emil Cioranian, de Philipp, d’Eduard von Hartmann ou de U.G. Krishnamurti, et expliquer, analyser, comparer, structurer… mais tout cela ne serait qu’une construction du mental, un écran entre ce que je ressens réellement et ce que l’on croit percevoir.

Je ne veux pas de ce filtre, je ne veux pas être réduit à un parcours, à un CV, à des idées que l’on peut ranger, étiqueter, comprendre. Je veux être traversé par ce que je ressens et vous permettre, à vous, de percevoir la densité, le poids, la fragilité, cette fatigue immense que le mental impose à celui qui croit pouvoir exister librement. La vie avec le mental est dure. Le mental promet la lumière et nous livre souvent une pièce sans fenêtres, une pièce où il commente, compare, juge, découpe la réalité en fragments et appelle cela « comprendre », mais comprendre n’apaise rien. Cela ajoute parfois un mur supplémentaire, invisible, entre ce que nous vivons et ce que nous croyons comprendre. Camus parlait de l’absurde, Schopenhauer de la volonté aveugle qui pousse sans fin, Cioran de la lucidité qui blesse, Mainländer de la Volonté de Mort qui aspire tout vers le néant, Hartmann de l’Inconscient qui nous fait espérer pour mieux nous décevoir, et U.G. Krishnamurti de notre impasse : nous sommes dos au mur. Ces idées ne sont pas abstraites, elles se vivent, elles se ressentent, elles s’inscrivent dans la chair, dans la respiration, dans chaque minute où l’on sent la vie peser sur soi.

Je pleure d’avoir vécu. Je pleure d’avoir enduré la souffrance. Je pleure d’avoir enterré les gens que j’aimais, d’avoir vu le monde continuer comme si rien n’avait été arraché. Les religions ont promis le salut, la rédemption, et elles ont dressé des autels et laissé derrière elles des champs de ruines, non pas parce que Dieu est cruel, mais parce que l’homme, lorsqu’il croit posséder Dieu, devient capable de détruire. Tout cela pèse. Tout cela habite. Et aucune biographie, aucun CV, aucun discours académique ne peut traduire cette expérience.

Le mental promet de donner du sens, mais il transforme le monde en théâtre où nous sommes à la fois acteurs et spectateurs, où chaque désir de comprendre devient piège, où chaque effort pour se libérer renforce la cage. Il érige des murailles invisibles, même dans nos pensées les plus intimes. Et pourtant, nous cherchons encore, nous espérons encore, nous croyons encore que comprendre, que savoir, que nommer, pourrait nous délivrer.

Ce texte que je partage n’a pas pour but de refléter qui je suis, ni de produire une image valorisante ou séduisante, ni de séduire, ni de rassurer. Il ne cherche ni solution, ni consolation, ni certitude. Il cherche seulement à exposer ce que je traverse, ce que je ressens, la fatigue d’exister, la mélancolie, le vide, le vertige de l’absurde. Il ne cherche pas à être compris, il cherche à être traversé. Et si je choisis ce texte plutôt qu’une présentation classique, c’est parce que certaines vérités ne se transmettent pas par des schémas, des biographies, des démonstrations. Elles se traversent. Elles se ressentent. Elles se rencontrent dans le silence, dans la présence, dans la résonance qui survient sans mots.

Il n’y a rien à apprendre de moi, rien à comprendre, rien à prouver. Juste être. Simplement. Et c’est cette expérience que je vous propose de rencontrer ici, maintenant, avant même que vous n’essayiez de me comprendre, avant même que vous n’essayiez de me ranger dans une case. Ce que vous allez lire, entendre, ressentir, ne parle pas seulement de moi : il parle de nous tous, du poids du mental, de l’absurde, de la solitude, de la souffrance, de tout ce que nous portons sans le dire. Et je préfère laisser ce texte, plutôt que moi-même, prendre la parole, pour qu’il raconte ce qui ne se dit pas facilement, ce qui ne se montre pas facilement, ce qui existe silencieusement dans chacun de nous.

Brûlé les ailes

Je me suis approché trop près d’UG.
Je cherchais des réponses.
Je voulais un chemin.
Une lumière, un souffle d’espoir.

Il n’y avait rien.
Rien que le vide.
Un souffle froid,
Un silence qui arrache.

Le ciel s’est effondré.
Toutes mes certitudes ont volé en éclats.
Le sens que je croyais avoir
A disparu sans trace.

Je me suis brûlé les ailes.
J’ai touché le néant.
Pas de paix.
Pas de vérité.
Juste ce qui reste
Quand tout ce qu’on croyait solide
Se casse en silence.

Je suis là, sans rien,
À regarder ce qui n’est pas là,
À apprendre à ne plus chercher.

error: